UniVERSIEL...

Un nuage de poussière s'élève... Les portes s'ouvrent enfin.
Dans l'embrasure, vous hésitez longuement avant de faire le premier pas.
Un nouveau monde s'offre à vous, un nouvel univers : l'UniverSiel.


Au loin, sous ce croissant pâle, des pyramides vous dominent. Une ombre passe, hâtive.
Est-ce déjà le fruit de votre imagination ?


Vous progressez doucement, à la manière d'un enfant perdu. Le lieu est étrange et pourtant...
Vous êtes attiré, aimanté et succombez inexorablement.

A présent, vous errez... Les voies sont multiples, pleines de surprises.
Vous vous attardez parfois, vous passez votre chemin aussi.


Et vous oubliez...

Au loin, un frémissement s'élève tandis que se ferment sur vous les portes de l'UniverS : l'UniverSiel...

- Siel
 
Samedi 14 avril 2007
Voici la suite... attendue ?? de Dhara, Chasseuse de Primes

Partie 3eme : Repos compensatoire

 

Une journée sans fin : Décidément, cette journée est interminable ! Laissez-moi profiter une dernière fois de ma… Zaaarghhhhhh !

Dernière citation de Brand Main Agile. Par la suite, il lui faudra un traducteur.

 

Et, cette journée était effectivement interminable, surtout pour Dhara… Au milieu de la carrière, elle attendait patiemment que la Mort l’emporte. Lannilis se pencha sur elle.

-Je prendrai le temps de te compter mon histoire, tant que tu peux encore l’entendre, lui avoua-t-il cyniquement.

Dhara cherchait dans ses effets personnels le second morceau de papier. Ses mains tremblantes rendaient la tâche ardue. Et cette blessure à l’épaule la faisait souffrir le martyr. Soudain, alors qu’elle effleurait du bout des doigts le papier salvateur, une voix forte tonna comme un orage au-dessus des Pics du Crépuscule.

-Laisse-moi plutôt m’en charger ! Je suis un troubadour dans l’âme…

Un sifflement – cela devenait lassant – fit frémir Dhara. Le carreau fila à deux cheveux de son visage et percuta Lannilis au torse, le projetant loin en arrière. Toutefois, comme de si de rien n’était, il se releva aussitôt. Le carreau l’avait pourtant parfaitement touché, Dhara l’aurait parié. Lannilis retira le projectile et découvrit une armure de peau. La chance et les Passions étaient avec lui.

-Holz ! Tu as retrouvé ma trace ! s’écria-t-il à la vue d’un humain à la tignasse ébène.

Sa longue chevelure venait caresser ses reins et contrastait avec le teint blafard de sa peau.

-C’est assez évident puisque tu es un piètre chasseur, Lannilis ! Même une enfant comme celle que tu tortures pourrait te retrouver dans les Jungles de Servos. A présent, le duel que j’attends depuis des lunes va avoir lieu. Et, il ne me restera que quelques pièces à récupérer !

Holz parlait d’une voix argentine, si mélodieuse que Dhara en tomba amoureuse… Toutefois, derrière ses allures de preux chevalier pouvait se cacher le diable. Elle demeura méfiante. Pourtant… Quel charme, quel charisme que ce démon ! Et, de toute façon, elle lui devait pour le moment d’être encore en vie.

-Tu te méprends, Holz ! Ce duel n’aurait rien d’équitable. Vois ma condition : ce n’est pas dans notre code ! Mais, je te reconnais bien là ! A la fois ange et démon…

-Laisse moi te dire un mot, Lannilis : je suis heureux de te…

-… Pas le temps pour tes galéjades ! A bientôt !

-Non !

L’humain, Holz, sortit promptement un arc serti de pierres étincelantes. Et, sous les yeux ronds de Dhara, trois runes apparurent aussi sec. La flèche fusa. Mais, l’humain n’avait semble-t-il pas été assez rapide. La flèche se perdit dans les bois environnants sur les talons de Lannilis qui ne se ressentait déjà plus de sa blessure. Lannilis avait réagi avec forte célérité, démoniaque s’il en était. Toutefois, comme Dhara pensait retrouver le trait planté dans un arbre noueux, un hurlement ébranla le calme de la forêt.

-Impossible ! La flèche n’a pu que se perdre…

-Non, je suis un excellent tireur.

La voix claire de Holz fit vibrer Dhara… A moins que cela ne soit la fraîcheur du soir naissant.

-Merci… Je suis vivante, Oberon ! Je… Je veux revenir chez moi…

 

 

7 Tueya 1506 TH :  Ce repas était goûteux, mon cher ! Qu’était-ce déjà ? De la langue de porc !

Citation du Père des tortionnaires, qui faillit s’étouffer en repensant à Main Agile.

 

Près de deux semaines s’étaient écoulées depuis l’épisode dans la forêt, deux semaines passées aux bras de Holz Solida.

Dhara et Holz s’étaient réfugiées à Targ, un petit village au sud des Jungles de Liaj. « Le Cactus », une auberge refaite à neuve il y avait peu, les avaient accueillis à bras ouverts. Mais la mort d’Esteban laissait encore une cicatrice béante dans le cœur de Dhara. Cette mort n’avait rien de méritée, voilà ce qui la chagrinait le plus. Tous deux s’étaient retrouvés embarqués dans une sombre aventure qu’ils n’avaient d’ailleurs comprise aux premiers abords. De prime abord…

Les révélations faites par Holz Solida, un Chasseur de Primes lui aussi, avaient plongé Dhara dans de fuligineuses réflexions. Elle avait l’impression qu’Esteban était mort pour rien, pour la simple reconstitution d’un puzzle à l’origine tout aussi ténébreuse que ses songes. Elle se retrouvait en possession d’une pièce d’un gigantesque casse-tête (grand dans son ambition) de 7 morceaux.

Lannilis : ?            Dhara : 1          Holz : ?            Autres : ?

 

Mais cette histoire, abracadabrante, ne la laissait pas de marbre. Voilà la chance de prouver que tu es une excellente Chasseuse de Primes, lui disait encore Esteban quelques jours plus tôt, avant que la Mort ne l’emporte. Cain et ses esclaves lui avaient apporté cela : elle devait le faire pour Esteban et ses principes. Une excellente Chasseuse de Primes, et cette histoire de kaer disparu allait le lui prouver. Sa peine était grande mais les paroles de Holz revenaient sans relâche frapper aux portes de son esprit enragé :

-D’abord amis, les meilleurs qui soient ! Puis, les pires ennemis. Sept à l’origine, un seul après la bataille.

Ses mots résonnaient encore…

« Le Cactus » était bondé à cette heure de la journée. Dhara épluchait une nouvelle fois les mises à prix récupérées sur Gralk tandis que Holz étudiait avec une attention sévère deux pièces du puzzle : celle de Dhara et une de sa possession. En avait-il d’autres ? Les Passions seules le savaient… Sur un autre manuscrit, Dhara dressa une liste plus claire, l’écriture ork étant rendue illisible :

 

* Cain, marchand nain.             Affaire résolue.

* Chorak, briseur d’Os, chef des Sanguinaires, une des trois mottes Troll

                                                14.000 PA

* Sielgfried, légende ? Mort ou vif ! Mort de préférence…

                                                1.000.000 PA

* Astillas, voleur humain.            Employeur : Tulsa, Magistrat de Ryad

                                                Faits : vol à l’étalage, évadé de la prison de Ryad

                                                1600 PA

* Synarque : Elfe au service de Lamb Antara. Recherche une femme qui fuit depuis peu. Elle est en quête d’amour, ce qu’elle ne semble avoir trouvé auprès de son mari, Lamb Antara. Ramenez-la consentante à Travis, petite cité sise au nord de Vivane (Empire Théran). Lamb promet une belle récompense : argent, amitié sincère, bon repas !

* Pistache : Je suis paysan et c’te saloperie de bougresse de Pistache s’en est foutue le camp dans mon dos. Ch'uis bin trop vieux pour courir après une salop’rie de mule. Ben voilà !

                                                200 PA

* Lao Che : assassin réputé à Vivane. Il travaillerait pour Tribas Koar. Le magistrat de Vivane, Quarique Pierre de Vœux souhaite voir sa tête au bout d’un pieu, sur la place de Vivane.

                                                22.000 PA

*  Tribas Koar : Quarique, magistrat de Vivane, souhaite ce mécréant vivant de tel sorte à lui faire subir les pires douleurs pour, ensuite, le voir pendu sur la pace publique, devant une foule ameutée.

                                                200.000 PA

 

-Par quoi vais-je commencer ? Toutes ses affaires demandent force et réflexion, expérience du terrain… Peut-être pourrai-je demander à Holz de me guider…

Dhara osa un regard vers l’humain assis à sa droite. Le nez plongé dans ses deux morceaux de papiers, Holz ne sembla pas même remarquer la curiosité de son hôte. Dhara le dévisagea gravement et haussa un sourcil. Ange et démon avait dit Lannilis…


 


La suite dans : Dhara, Se faire des amis...

Samedi 17 mars 2007

Journal d'une aventurière... Dhara

Partie 2nde : Oublier les tracas quotidiens...



26 Riag 1506 TH : Sales suceurs de cervelles !

Citation de Brand Main Agile, lorsqu’il crut échapper à ses tortionnaires.

 

-Cours et ne te retourne pas, Dhara, sinon, tu vas te faire bouffer toute crue !

         -Merci du conseil, Esteban, mais je n’ai aucune envie de finir dans l’estomac d’un grizzli affamé. Tu n’aurais jamais dû l’approcher pour lui prendre SON gibier ! C’était stupide.

Dhara tenta de reprendre son souffle. En vain.

            -Tu t’épuises pour rien… Et je te signale qu’à l’auberge, c’est toi qui as décrété à une bande de mâles poussés par leurs hormones que tu souhaitais chasser… T’es pas heureuse là ?

            -Noooon ! J’ai horreur d’être le gibier ! s’égosilla l’humaine, ivre de colère.

            Le souffle de la bête se fit évanescent : elle était parvenue à effrayer les deux intrus et ainsi sauvegarder son précieux butin – un lapin des campagnes déjà mâchouillé. Un bref coup d’œil en arrière pour constater que l’ours n’était plus sur leur trace. Toutefois, dans le doute, le grizzli pouvant émerger des fourrés à n’importe quel moment, Dhara continua sa course effrénée.

            Soudain, elle interrompit nettement sa démarche. Esteban la percuta par l’arrière – bon gré mal gré – et tous deux se retrouvèrent au sol. Une gifle claqua aussitôt. Que le jeune humain n’ait pu s’arrêter à temps, Dhara le comprenait encore. Mais qu’elle retrouve deux mains se promenant sur son corps de pucelle, elle ne le supportait pas !

            -Qu’est ce qui te prend, Dhara ?

            -Et tu oses me le demander ! Je ne crois pas t’avoir permis de me peloter à la moindre occasion !

            -Non… Ça, j’avais bien compris !

Esteban caressait doucement sa joue écarlate où apparaissait la marque des cinq doigts. -Non ! Pourquoi t’es-tu arrêté ainsi ? reprit-il.

            -Ah ! Ça ! Ecoute…

            Tous deux tendirent l’oreille.

Un groupe nombreux de donneurs de noms discutait à proximité, derrière un petit bosquet. Les deux humains se rapprochèrent furtivement, sans bruit. En poussant quelques branchages, toujours avec la plus grande discrétion, ils constatèrent la présence de neuf hommes et femmes et d’un nain au milieu d’une clairière sombre. Les arbres alentours offraient une protection naturelle et le soleil devait être à l’aplomb pour illuminer de sa clarté le convoi. Hors, le soleil était passé de longue main au-dessus d’eux, au-dessus même de Dhara et d’Esteban.

            Le nain ne pouvait être que Cain : sa barbe tressée, ses vêtements ornementés de toute part de colifichets coruscants. Enfin, après plusieurs jours de course acharnée, ils avaient trouvé leur « cible ». Mais, qui étaient ces hommes et femmes ?

-Voilà probablement la marchandise : des esclaves ! constata avec amertume Esteban. De vieux souvenirs surgirent de sa caboche.

            -Des esclaves ? s’étonna Dhara.

C’était la première fois qu’elle était confrontée à telle immondice. Jamais elle n’avait connu l’esclavagisme avant cela. Mais, les chaînes étaient brisées pour quelques-uns d’entre eux et les nouveaux affranchis s’affairaient à libérer leurs acolytes. Au milieu de la cohue, Cain aidait. Il avait dû fournir les marteaux et enclumes à l’effigie Thérane.

            -De misérables esclaves ! reprit furieusement Esteban. Ce nain, Cain, est un messie envoyé par les Passions. Jamais je n’arrêterais un donneur-de-noms tel que lui, même pour une prime de 200 000 pièces d’orichalques.

            -Je suis bien d’accord avec toi et me demande même si nous ne devons pas les aider…

            Un sifflement.

         Le corps du nain s’écroula, sans vie, au milieu de la clairière. Une mare de sang brunâtre se répandit au sol. D’abord abasourdis, les hommes libres prirent la poudre d’escampette dans un capharnaüm rageur. Les femmes, encore enchaînées, se regroupèrent pour ne former qu’une masse indistincte.

            Un second sifflement.

           La masse s’ébranla et les cris de terreurs montèrent au-dessus des arbres. Une femme venait d’être percutée à la carotide. Le sang jaillissait en fontaine de son cou, éclaboussant les autres. Mais elles ne pouvaient fuir, toutes enchaînées qu’elles étaient.

            -Où est le tireur ? s’écria Dhara.

            Sa question ne trouva qu’un faible écho : Esteban s’était lancé au milieu de la clairière. Et il disparut dans la foule des esclaves.

            Un autre sifflement.

            Cette fois, Dhara ne vit pas le point d’impact mais aperçut le point de salve. Derrière un bosquet se retranchait le tireur. Embusqué de la sorte, il ne craignait rien… Rien, si ce n’est le courroux de donneurs-de-noms en furie. Les deux humains jaillirent dans le même temps à la gorge de l’ork, tel un loup plongeant ses crocs dans la peau tendre d’un agneau. Dhara levait et rabattait son épée sans cesse, à l’acharnement… « Je te promets, Oberon, de ne tuer personne pas plaisir… » Le rire gras de l’obsidien résonnait encore dans son esprit. Elle s’arrêta enfin mais le corps de l’ork était déjà vidé de tout sang depuis des lunes. Esteban était toujours penché au-dessus. Puis, avec une violence qu’elle ne lui connaissait pas, il plongea sa lame dans la gorge du tireur :

            -…Juste au cas où…

            Voilà les simples mots qu’il utilisa pour se justifier.

 

*                      *

*

 

Le même jour : Je suis persuadé que l’on va trouver un arrangement…

Citation de Brand Main Agile, à peine rejoint par ses tortionnaires.

Il me faudra te couper cette langue de serpent pour que tu puisses écouter !

Citation du bourreau, en réponse à la requête de Main Agile.

 

        La clairière portait encore la cicatrice du combat. Mais un autre, plus terrible encore, était annoncé…

        Au milieu de la clairière, des hommes et des femmes adulaient comme une Passion un nain au cœur d’or. Ils creusaient déjà sa tombe, en récompense... Le nain allait être enterré en inconnu de son peuple mais en légende pour ces quelques donneurs-de-noms.

        Esteban et Dhara ne s’attardèrent plus longuement. Le cadavre de Gralk, l’ork Chasseur de Primes pareillement engagé pour la même mission, gisait dans un fossé sordide. Contrairement à Cain, à la femme et à l’homme tombé il y avait peu, il n’aurait de sépulture. Pas même un tombeau. Les charognards de la forêt se chargeraient volontiers de déchirer ses chairs et son cœur de pierre. Une fois Gralk dépouillé, une fois les esclaves repartis, il ne restait dans la clairière que deux humains, divaguant sur le devenir de deux feuillets trouvés sur le cadavre de l’ork.

-Je me demande ce que cela peut bien être ? s’interrogea Esteban en brandissant au-dessus de lui un morceau de papier usé par les voyages.

-Est-ce là un autre parchemin indiquant le prix d’une tête ? Dhara l’examinait de haut. La liste de son étui est impressionnante : je me demande s’il avait l’intention de chasser tous ces malheureux.

-Non ! Ce ne sont pas d’autres mises à prix : on dirait plutôt la pièce…

-D’un puzzle, c’est exact !

        La voix provenait de derrière.

        Esteban se releva vivement. Dhara aussi ! Un elfe à la pâle blancheur de peau et aux cheveux bleutés de naissance s’avançait avec détermination.

        Les deux humains reculèrent dans un premier temps, si imposante était la stature de l’elfe. Puis, ils se ravisèrent. Nous sommes deux après tout et lui est seul ! Ils dégainèrent tous deux leur épée.

-Ainsi, vous avez tué l’un des nôtres ! L’elfe parlait d’une voix grave. Vous méritez mon attention.

-Qui êtes-vous ? s’emporta Dhara devant tant d’impudence.

        Élevée dans la discipline et l’obéissance, elle ne supportait pas ce manque de respect. Au moins, il pouvait se présenter.

-Peu vous importe mon nom… Sentez l’air pur de cette clairière…

        L’elfe gonfla ses poumons. Et Esteban se prit à faire de même. Devant cette scène grotesque, Dhara ne savait plus quoi penser. Soudain, alors qu’Esteban finissait d’avaler une dernière gorgée, la lame de l’elfe transperça sa gorge.

-Je pense que tu as assez profité de cet air… Tu n’en étais pas digne !

Dhara cria jusqu’à l’extinction.

-Je me nomme Lannilis, Chasseur de Primes, et bien qu’il n’y ait à ma connaissance aucune prime sur ta tête, je vais te tuer !

        Un éclair de frayeur passa dans les pupilles dilatées de la jeune humaine. Face à elle était planté un elfe – Lannilis – au regard tout aussi meurtrier que son bras armé, l’épée à la main, la lame encore rougeoyante du sang d’Esteban.

-Au revoir, jolie poupée humaine… ou plutôt, devrais-je dire, adieu !

        Dhara avait la nuque dégagée. Un large sourire fit saillir la blancheur des dents de Lannilis. Mais, au moment où il allait rabattre son arme, son visage se transforma. Il fut défiguré par un rictus affreux, de douleur à ne pas en douter. Le pommeau frappa durement le visage de l’humaine, l’envoyant valser à plusieurs pas de là. Lannilis retira doucement une dague bien enfoncée sous la chair, la cuisse meurtrie à jamais.

-Je ne te ferai ce plaisir : ta mort sera longue et douloureuse… Oser me frapper ainsi…

        A présent, Dhara sanglotait de peur. Jamais elle n’avait tutoyé la Mort d’aussi près ! Elle se releva aussi rapidement que lui permettaient ses jambes et courut droit devant elle, sans regarder. Elle trébucha sur le corps sans vie d’Esteban. Sa tête cogna fort celle du macchabée. Elle croisa le regard vide de son compagnon d’aventure. Un autre ami disparu… Une quête qui pouvait s’achever dans cette clairière. Et elle s’interrogea : pourquoi une telle haine ? Oui, elle lui avait planté son couteau dans la cuisse… Mais, avant cela : pourquoi s’en était-il pris à eux ? Pourquoi avait-il tué Esteban ?
        Et les réponses étaient devant elle, juste devant son nez : le morceau de papier. Elle le dégagea de la main froide du défunt qui déjà se raidissait. Un violent coup aux côtes la fit rouler sur le côté. Elle cracha du sang. Puis, une violente douleur lui parcourut l’épaule droite : une dague, sa dague, lui avait perforé l’omoplate.

-Souffres-tu comme je souffre ? J’en doute… Tu le rejoindras mais il te faudra patienter plusieurs heures… Il regarda le corps sans vie d’Esteban. Je peux, je vais freiner ma quête… juste pour toi ! lui cracha Lannilis plein de morgue.

        Dans un dernier sursaut, un dernier espoir, elle tendit le morceau de papier. Lannilis s’emporta en un rire gras. Il examina le bout de feuille.

-C’est un dernier geste désespéré… J’aime cela ! Mais, sais-tu que je me le serais accaparé en fouillant ton corps encore chaud. Peut-être même encore vivant… Mais, je t’en remercie !

        Il examina la pièce du puzzle. Ses sourcils se froncèrent en une barre au-dessus des yeux, comme les montagnes de Throal dans le pays des nains.

-Pendant que tu y es, donne-moi l’autre… ou les autres pièces ! Elles me seront utiles !

        Lannilis avait un sourire dangereux aux lèvres, un sourire que la Mort affichait avant d’emporter sa victime.

-Je… Je ne comprends pas ce que tu veux me dire !

        Un énième coup de pied vint la percuter au menton. Tout en crachant le sang, elle pleura.

-Je n’y comprends rien : comment peut-on se battre pour un bout de papier ?

        Dhara sortit la seconde pièce trouvée sur le cadavre de Gralk.

-Tu ne sais rien de l’histoire ? C’est dommage ! C’est, je crois, la première fois que je vais tuer un donneur-de-noms sans qu’il en connaisse la raison… Tu vois, tu auras cet honneur ! Mais, ne te réjouis pas trop vite ! Je n’ai pas oublié ma promesse…

        Il termina son garrot à la cuisse…
- Tu mourras lentement, très lentement !



La suite dans : Dhara... Repos compensatoire...
Dimanche 4 février 2007
Le décor est planté.
Les aventures se succèdent déja.
Et... au milieu de cela... Dhara...

Découvrez-la ici en bien fâcheuse posture...

Siel

Journal d'une aventurière... Dhara

Partie 1ere : Faire connaissance

 

 

            20 Riag 1506 TH : Bonne chance à vous, compagnons ! Et ramenez-nous suffisamment de gibiers pour festoyer ce soir.

Citation de Brand Main Agile, quand il vivait encore en paix auprès de Fiona.

 

Les cris des oiseaux de sa forêt natale cessèrent quand l'humaine aux cheveux châtains émergea du bois. Les pinsons, les piverts, les corbeaux et autres passereaux achevaient cette mélopée aux allures d?adieux douloureux.

            L'humaine quittait son foyer et sa forêt pour la première fois. Devant elle s'épandait un florilège de champs aux couleurs chatoyantes. Dhara reprit une dernière inspiration. Elle jeta un dernier regard en arrière pour constater que, dans son bois, le calme régnait en maître maintenant qu'il n'avait plus affaire aux sauts d'humeur de la jeune fille, ni aux râles massacrants d'Oberon, son tuteur, reparti chez lui dans les Pics du Crépuscule, ni non plus aux moqueries infantiles de Merle.

-Au revoir. Jamais je ne vous oublierai et, Oberon, je tiendrai promesse. Je ne tuerai point pour le simple plaisir.

L'anneau, remis par le vieux sage obsidien en guise d'adieu, scintillait aux reflets du soleil.

-Je garde au fond du coeur mes souvenirs et à mon doigt, la marque de ton enseignement, maître Oberon. Aventures et mésaventures : je sais ce qui m'attend, ou je crois le deviner ? Tu vois, maître, j'ai retenu la leçon. Merle : j'aimerais tellement que tu partages ceci avec moi... Mais tu es à Ustrect et moi, je suis loin. Je te retrouverai un jour, au détour d'un chemin, l'arme à la main, la fierté dans les yeux, les signes de la maturité marquant ton doux visage. Je saurai alors n'avoir jamais perdu mon ami d'enfance.

            Une larme roula sur sa joue rosie par le chagrin.

-Mes dernières pensées seront pour toi, mère. Puissent les Passions veiller sur toi ! Je te promets qu'un jour, je ramènerai celui dont je ne connais que le nom : Brand Main Agile. Mère, attends-moi, je t'en conjure?

            Dhara tourna les talons et se mit en route, chargée comme une mule de paysans, trop vieux pour supporter le fardeau d'un tel paquetage. Cheveux au vent, larmes au bord des yeux, l'esprit trouble mais enfin libéré, elle se dirigea là où son instinct la guidait...


*               *
*

23 Riag 1506 TH : Les villages de Barsaive se ressemblent tous dans leur agencement. Il faut plonger une dague en leur coeur et en extirper les tripes pour constater l'originalité de chacun de ces lieux-dits.

Citation de Brand Main Agile, quelques heures après sa disparition.

 

-Voyons ! Cessez de vous moquez ainsi ! Cette discipline est des plus rudes et épouser ses tares, c'est comme embrasser le cul d'un thundra : c?est répugnant mais ça force l'admiration. Allez ! Ecartez vos sales pattes de cette jeune fille.

            -Tu ne crois tout de même pas qu'elle se sortira de cette situation tout simplement parce que tu l'as demandé, aubergiste.

Les rires gras bourdonnèrent autour de la fille, prostrée sous une table, des rires moqueurs. Elle cumulait les problèmes.

Trois jours de voyages et elle avait déjà affronté un serpent venimeux, un demi-spectre et, à présent, une meute de donneurs-de-noms mal embouchés, avides de sensations nouvelles auprès de la jeunesse du moment.

Dhara chercha du regard un soutien familier qu'elle ne trouva que trop tardivement. Au seuil de la porte gisait le corps d'un humain, celui-là même qui l'avait secourue face au spectre. Allongé dans son sang, son assistance avait été de courte durée. Son visage était couvert d'ecchymoses, ses lèvres tuméfiées. On aurait dit un pantin désarticulé. Repoussant à souhait, il aurait fait pâlir un elfe de sang. Mais là n'était pas l'important. Les multiples coups au visage, à l'estomac et aux côtes avaient eu raison de sa frêle carcasse. Il ne donnait plus aucun signe de vie.

-Je vous dis de reculer ! s?empourpra le tenancier.

            Il sortit de sous son comptoir une hachette aux tranchants émoussés par les années. Du cruor séché en garnissait encore le fil.

-Si vous me forcer à utiliser Myriette, je ne pourrais m'empêcher de penser à vos sales viscères de brigands salissants mon beau parquet tout neuf. Cela me mettrait d'autant plus en colère que Myriette hacherait sans relâche. Y-a-t-il des volontaires pour nettoyer et balayer les membres de vos amis ?

Dans un vrombissement insoutenable, l'aubergiste au visage rubicond faisait tourner sa hache. Les moins courageux reculèrent de suite, les habitués firent de même. Seuls les plus têtus provoquaient de leur présence l'impétueux tavernier. Et, la hache s'arrêta de tournoyer lorsqu'elle rencontra le crâne de l'un des valeureux aventuriers. Le sang gicla, éclaboussant tout le monde situé à moins de trois pas du demi-écervelé. Un scribe choisit cet instant pour franchir la porte de l'établissement. Son paquetage fut arrosé d'une gerbe écarlate. Ajoutés à cela les morceaux de cervelets collés à Myriette et à son chemisier de velours, il vomit aussi sec. Son  regard se posa sur la tête roulant au sol et il dégobilla de nouveau avant de sombrer dans l'inconscience.

            Dessous la table, Dhara eut un haut-le-ceuur. Jamais elle n'avait vu tant de sang. L'aubergiste, bourru et furieux de voir son parquet souillé, lui tendit une main poisseuse. Elle hésita longuement avant de finalement prendre cette main amicale.

             -Je... Je suis désolée?

            -Désolée ? De quoi ? Ce n'est pas vous qui allez nettoyer cela, ne vous inquiétez pas ! Par contre, il y en a un ou deux qui vont devoir frotter, dit-il en haussant le ton et en fusillant du regard les deux irréductibles qui avaient osé affronter le maître des lieux. Comment t'appelles-tu, fillette ?

            -Dhara.

         -Eh bien, Dhara, je pense que tu ferais mieux de te soucier de ton ami. Je t'apporte une bassine et de l'eau chaude : il en aura besoin. Et vous, bande d'abrutis, vous ne croyez tout de même pas que je vais vous donner un coup de main pour sortir ce cadavre de mon établissement et pour frotter le parquet !

            Dhara soigna le jeune humain fiévreux tout en marmonnant un tas d'excuses. Elle se sentait coupable d'avoir déclenché cette émeute. Peut-être n'aurait-elle jamais dû avouer qu'elle recherchait du travail, surtout dans son domaine. La discipline de Chasseur de Primes demeurait la propriété du sexe fort et peu d'entre eux savait s'adapter. Elle avait attisé la braise dans le coeur alcoolisé des mâles de l'auberge. Sans l'intervention de l'humain tout d'abord - corps en opposition, coups multiples aux côtes, lèvres fendue - puis de l'aubergiste, Dhara aurait connu une douloureuse expérience. La nuit apporta conseil : plus de discrétion à l'avenir !


*               *

*


            24 Riag 1506 TH : Psoque ! Non, ce n'est pas le bruit de l'eau dans ton verre mais celui d'un insecte si petit qu'il en est insignifiant pour tous les donneurs-de-noms. Mais voilà, mon frère est mort de ses ailes insignifiantes : il s'est étouffé en avalant l'un d'eux !

Citation de Brand Main Agile, lorsqu'il fut amené à parler sous la contrainte.

 

            La nuit avait été agitée car l'humain n'avait toujours pas reprit connaissance. Il était vivant et cela semblait déjà irréel. Toutefois, au petit matin, il était revenu à lui, non sans mal, une énorme bosse bleutée sur le haut de son crâne chauve, un coquard à l'oeil gauche, un poignet probablement affligé d'une entorse, une lèvre fendue sur le long ; mais, il était vivant. Quant à Dhara, elle avait perdu tout espoir. Pourquoi errer ainsi, sans but précis ? Compter sur une intervention des Passions ?

Une miche de pain à la bouche, elle ne pouvait manger tranquillement sans être dérangée, pas physiquement mais visuellement. Un troll passa sur ses lèvres une langue râpeuse dégoûtante et baveuse. Puis, le malheureux scribe de la veille entra. Il jeta un regard inquiet aux taches rougeâtres sur le parquet. Conscient de ce qu'il risquait en déclenchant la colère du tenancier, il prit toutes les précautions et choisit avec attention ces mots.

            -On me certifie la présence en cette noble auberge de Chasseurs de Primes ! Voici la tête mise à prix : Cain, un marchand nain que vous devrez retrouver, lui et sa marchandise. Vous travaillerez pour l'honorable t'skrang Ilkis.

            Un nain se leva de sa chaise et faillit tomber ou plutôt rouler à terre. Un ork le soutint aussi  promptement que pouvait le faire une personne âgée. Le nain émit un grognement de désaccord.

            -Cain, dis-tu le scribe.

            -Jules ! répondit le scribe en une courbette.

            -Bon, il faudrait savoir : c’est Jules ou Cain ?

            -Non, le nain ! Cain est le nain que vous…

            -… Ah non ! Moi, c’est Bofur ! Et pas, Cain ! rétorqua Bofur d’une voix tonnante.

            -Oui… Non ! Mais, en fait, Cain est le donneur-de-noms que vous chassez…

            -Hein, hein !

            -… et Jules, c’est moi !

           -Très bien… Il fallait le préciser auparavant ! Je m’en vais chercher ce Jules et vous ramènerai sa tête ! Parole de Bofur. Et, l’ork qui parle pas beaucoup viendra aussi… Enfin chacun de son côté, mais il participera à la battue.

            -Pas Jules, Bofur ! Mais Cain, par les Passions ! Cain EST LA CIBLE !

            Dhara eut un sourire mauvais, accusateur, pourfendeur. Fort… feu intelligence ! se moqua-t-elle en son for intérieur.

          -Dhara ! C’est une bonne opportunité ! Tu me répètes depuis notre rencontre que tu es une excellente chasseuse de primes, que tu pistes comme personne. Voilà la chance de le prouver.

            -Tu le penses vraiment, Esteban ? Je ne sais…

            -Tu joues ta mijaurée ! Je ne sais ce qui te pousse à aller et venir en Barsaive ainsi, mais il serait temps d’aller de l’avant. Jules a parlé d’une forte récompense ; il suffit de retrouver un nain que l’on sait fuir Vivane. Qu’en déduis-tu ?

Dhara tira une petite carte de son paquetage déjà moins conséquent qu’il y avait trois jours. Il fallait avouer que dans sa course pour échapper au demi-spectre, elle avait perdu plusieurs balluchons mais avait récupéré l’essentiel : la bague, des armes et ses souvenirs…

-Il va bifurquer, aller dans le nord ; on peut donc tenter de lui couper chemin en prenant en direction des Monts Delaris ! Et, il sera aisé de trouver une caravane de marchands avec un nain trapu à la barbe tressée possédant un anneau à chaque oreille, un chapeau plombé d’une plume noire et blanche, habillé richement de surcroît et aimant par-dessus tout les gris-gris et autres colifichets ;

-Eh bien voilà ! On y est… Alors, en route ! Je vais beaucoup mieux maintenant que je sais où l’on va, répondit fièrement Esteban. Ne nous attardons pas : ce Bofur est déjà parti, et, même s’il ne déborde pas d’intelligence, il se peut qu’il soit une lumière dans sa discipline ! Et puis, n’oublions pas l’ork, Gralk me semble-t-il ! Si nous voulons être les premiers sur Cain et sa marchandise, il va nous falloir sortir les doigts du c…

            Esteban s’interrompit, sourit niaisement, réajusta son col pourtant bien en place, et se leva en s’étirant. Et, bien qu’il ne fasse pas chaud en cette matinée, Dhara perçut la sueur sur son front : chaleur ou honte ? Elle avait parfaitement sondé l’esprit de son compagnon...



La suite dans : Dhara... Oublier les tracas quotidiens
Dimanche 28 janvier 2007

Dhara... Journal d'une aventurière

Dans le même pays, une porte plus ancrée dans les terres, là où la guerre n'est qu'un souffle, la haine une chimère, une jeune fille s'éveille.
Elle va vivre des aventures et les coucher sur papier, au mieux de ses capacités.
Laisserez-vous la porte de son rêve entrouverte ?



De l’enfance à nos jours… Dhara

 

 

ENFANCE :

 

Dhara : née dans la forêt de Landis le 25 Mawag 1487 TH au sein d’un village sans patronyme, fille d'un père inconnu et d'une mère, Fiona, botaniste de profession.

Fiona, jolie botaniste de 30 ans, rencontra un preux chevalier qui, blessé gravement au cours d'un duel, demeura chez elle. Pendant sa longue période de convalescence, Brand Main Agile s'enticha de la dame et resta plus longuement jusqu’à découvrir un lourd secret : son amour pour elle. L’union fut pratiquement promis mais le destin en décida autrement...

Au sixième mois de sa grossesse, Brand disparut soudainement : enlèvement ? Départ sciemment préparé ? Meurtre ? Assouvissement par une Horreur ? Toutes les hypothèses claquèrent à l'esprit de la dame éplorée, des plus cocasses au plus obscures... Elle sombra dans la folie en mettant au monde une adorable petite fille du nom de Dhara.

La jeune humaine fut élevée par un palefrenier secrètement amoureux de Fiona et qui aurait tout donné pour lui venir en aide et la soutenir, cela même dans le désespoir et la tristesse.

 

ADOLESCENCE :

 

Dhara trouva refuge dans une famille voisine et découvrit un soutien incommensurable en la personne de Merle, fils de forgeron du village. Ses amis étaient le plus souvent des garçons. Elle ne garde pas à l'esprit avoir nouer une quelconque amitié avec la gente féminine. Et le manque d'autorité paternel fut comblé par l'extrême sagesse d'un ancien du nom d'Oberon. Chasseur de primes retraité, cet obsidien au cœur d'artichaut s'enquit à lui enseigner une partie de son savoir. Il faut dire qu'il avait trouvé en Dhara et Merle deux élèves attentionnés.

Mais à nouveau, le destin frappa : Dhara fut séparée de son ami unique. Merle partit sur conseils d'Oberon en quête d'un maître d'arme du nom de Bénédict dans la forêt - lointaine à ses yeux - d'Ustrect sise au nord des Pics du Crépuscule. Dhara demeura seule à l'écoute d'Oberon qui, malgré son expérience, ne parvenait à apaiser la douloureuse amertume de sa jeune protégée. Dhara gardait des yeux rivés au nord, sur le reflet rougeoyant des douze Pics du Crépuscule.

 

DE NOS JOURS :

 

Oberon ne put garder longtemps l’humaine sous son toit. Elle ne cessait de s’éloigner, de plus en plus loin, de plus en plus longtemps. Dhara finit même par totalement s’éloigner de sa mère. Elle l’aimait, certes, mais ne supportait plus l'idée de son union avec un milicien juriste de Vivane. Un inconnu en guise de père alors qu'elle n'avait eu jusque-là qu'un grand-frère et un grand-père...

Oberon comprit rapidement que bientôt le corps suivrait le regard, au devant de l'aventure. L'heure du départ était imminent. Dhara avait tant à faire : retrouver ses racines et son père, retrouver la bouille joviale de son ami Merle, trouver sa voie...

C’est ainsi qu'un jour du mois de Riag 1506 TH, elle partit sans un mot, le baluchon à la main, le sourire plein d'envies aux lèvres, les souvenirs d'Oberon et de Merle sur le cœur…


A suivre...
Partie Iere : Faire Connaissance


Siel

Vendredi 26 janvier 2007
    Intrigué par cette porte barrée de deux épées, à la façon de gardes impériaux, vous vous êtes approché et avez poussé les lourds battants.
Les épées ont crissé... Voilà trop longtemps qu'elles ont cédé à la poigne enhardie d'aventuriers égarés...

    Des histoires de nains, de guerres et de dragons...

    Vous n'avez pas fait plus de dix pas qu'un elfe vous toise : il rétablit une mèche, se frotte le sourcil gauche et vous tourne les talons avant de disparaitre.
    Tanis... Elfe prétentieux, mage nécromancien en phase d'apprentissage, à la soif de pouvoir démesurée. Tanis... elfe de sang royal mais déchu, bâtard. Tanis...
   - Ses atouts : une prédisposition à la Mort ; son frère
   - Ses défauts : son intérêt pour sa propre personne ; son frère...
_____________________________________________________________
A l’encre noire…

    "Tout ce qui sera dit ici devra être passé sous silence par la suite : si mon frère avait vent d’un tel journal, il me tuerait sans une once de remord. Le fourbe ! Et pourtant, je lui dois reconnaissance : sans lui, mon corps pourrirait quelque part au fond d'une fosse sordide."

    "Par où débuter cette histoire si incroyable, parfois grotesque. De plus, je dois me presser : si l’humain qui me sert de frère venait à nous prendre sur le fait...
    Je me nomme Tanis, elfe de lignée royale : voilà un début ! On m’a également baptisé Lan ou le Sorcier Noir, mais jamais je n’ai renié mon vrai patronyme.
    Je suis un membre éminent de l’Institut, une secte soi-disant secrète composée de barbares et d’assassins et régie par un règlement très strict : le Code des Assassins. Oh ! bien sûr, rien de bien original à cela, vous allez me dire. Et pourtant ! Ecoutez la suite de mes mémoires.
    L’Institut n’était qu’une rumeur, une ombre que beaucoup cherchèrent à capturer sans jamais y parvenir. Elle était comme les étoiles — insondables — avant que je n’y sois embrigadé de force. C’était, souvenez-vous, lors du soulèvement de Kratas, la cité des voleurs. L’étrange société secrète se révéla au grand jour pour celles et ceux qui savaient regarder dans la bonne direction. Les Barsaiviens, eux, firent fi de cette histoire, invoquant tout bonnement le prétexte d’un dénouement ne méritant pas la moindre ligne dans un quelconque journal de bord. Balivernes ! Ils croyaient naïvement ce que les rumeurs véhiculaient... La vraie histoire, je suis l’un des rares à pouvoir la restituer, étant de ceux qui croisèrent le fer ce jour-là et, croyez-le, cette histoire gagnerait sa place dans les colonnes de la Grande Bibliothèque de Throal.
    Je sens bien à cette moue que votre prochaine question tournera autour de l’Institut. Je vais donc assouvir votre curiosité par l’énumération de quelques détails alléchants.
    L’Institut : les Barsaiviens qui en ont entendu parler un jour ne sont plus de ce monde pour expliquer leur point de vue. Je ne dis pas cela pour vous effrayer ! Vous ne craignez rien, en principe… Passons ! Les légendes racontent qu’il s'agit de groupuscules plus ou moins organisés vêtus de toges noires. Ils ne trouveront le repos qu’une fois la Mort ramenée sur Barsaive. Mais, les légendes ne sont bien souvent que fabulations ! L’Institut est un organisme hiérarchisé, aussi structuré que peuvent l’être les cours de justice. Je me trouve, pour ma part, sur un barreau ascendant de l'échelle, placé sous la protection de mon demi-frère.
    Le Souverain — il aime se faire appeler ainsi — contrôle d’une main de fer les différentes actions entreprises par la société. Il se nomme Scap Nor. Jamais je n’ai vu son vrai visage, juste entraperçu : une ombre fantomatique planant au milieu d’une grotte aux ténèbres étouffantes. Puis viennent les Grands Gardes, au nombre de six, chacun représentant une des Ames de ce pays : la Patience, la Vigueur, le Charisme, la Détermination, la Perception Astrale et le Savoir-Faire. L’un de ces Grands Gardes n’est autre que mon frère, mon demi-frère comme précisé auparavant. Chaque Grand Garde guide un élève. La force et le mental des élèves sont soumis à rude épreuve lors d’un tournoi annuel — que j’ai emporté haut la main, cela va de soi. Enfin, il y a les castes inférieurs, celles qui obéissent en silence, rêvant dans l’ombre tutoyer l’apprentissage d’un Grand Garde.
    Je pense que d’autres embranchements m’étaient dissimulés, mais voilà l’essentiel. Toutefois, l’intérêt que l’on porte et que vous portez à cette société est aujourd’hui suranné : elle n’est plus, détruite en partie par le fléau de notre époque : les espions. Les Porteurs de Lumières se sont mêlés à nos rangs et ont bu le jus acide de ce fruit mur, jusqu’à son dessèchement et sa déchéance.
    Les Grands Gardes sont tous morts, tous sauf mon frère. Scap Nor repose auprès de sa Passion adorée, assassiné des mains de mon frère. Tout ceci peut vous paraître difficile à suivre, mais j’ai les idées claires.
Je suis à présent sous le joug des Porteurs de Lumières, travaillant sous leur tutelle à réparer quelques sottises. Mon frère m’aide en cela, mais plus j’apprends à le connaître, plus je le trouve... méprisable. Je crois, en fait, venir poindre de la jalousie. Je dois l’avouer : j’apprécie ses manières hautaines, violentes s’il en est. J’aime sa manière de pensée, perfide comme peut l’être un vieux nécromancien rongé par les années. Mais mon frère n’est pas magicien : seulement le meilleur des archers. Voila que je le flatte, je me reprends !
    L’Institut n’est plus, mais elle renaîtra de nos..."

    La porte s’ouvrit avec fracas.

    "Toi ?! Que fais tu...noonnnn !!!"

    Un homme de grande taille est entré par hasard dans la salle occupée par Tanis et son interlocuteur. Il avance d’un pas assuré vers le chroniqueur, sort une lame de sa manche et lui tranche la gorge. Il se tourne alors, imperturbable, jette un vif coup d’œil à l’elfe et lui rosse violemment les côtes. Son visage se métamorphose alors, tiré par la colère. Son teint gris comme les nuages d’un mauvais jour se réverbère dans les yeux apeurés de Tanis. L'homme alors tire un arc serti de runes, encoche une flèche et la pointe sur Tanis...

* vibration de corde se relâchant *

 

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