UniVERSIEL...

Un nuage de poussière s'élève... Les portes s'ouvrent enfin.
Dans l'embrasure, vous hésitez longuement avant de faire le premier pas.
Un nouveau monde s'offre à vous, un nouvel univers : l'UniverSiel.


Au loin, sous ce croissant pâle, des pyramides vous dominent. Une ombre passe, hâtive.
Est-ce déjà le fruit de votre imagination ?


Vous progressez doucement, à la manière d'un enfant perdu. Le lieu est étrange et pourtant...
Vous êtes attiré, aimanté et succombez inexorablement.

A présent, vous errez... Les voies sont multiples, pleines de surprises.
Vous vous attardez parfois, vous passez votre chemin aussi.


Et vous oubliez...

Au loin, un frémissement s'élève tandis que se ferment sur vous les portes de l'UniverS : l'UniverSiel...

- Siel
 
Dimanche 4 février 2007
Le décor est planté.
Les aventures se succèdent déja.
Et... au milieu de cela... Dhara...

Découvrez-la ici en bien fâcheuse posture...

Siel

Journal d'une aventurière... Dhara

Partie 1ere : Faire connaissance

 

 

            20 Riag 1506 TH : Bonne chance à vous, compagnons ! Et ramenez-nous suffisamment de gibiers pour festoyer ce soir.

Citation de Brand Main Agile, quand il vivait encore en paix auprès de Fiona.

 

Les cris des oiseaux de sa forêt natale cessèrent quand l'humaine aux cheveux châtains émergea du bois. Les pinsons, les piverts, les corbeaux et autres passereaux achevaient cette mélopée aux allures d?adieux douloureux.

            L'humaine quittait son foyer et sa forêt pour la première fois. Devant elle s'épandait un florilège de champs aux couleurs chatoyantes. Dhara reprit une dernière inspiration. Elle jeta un dernier regard en arrière pour constater que, dans son bois, le calme régnait en maître maintenant qu'il n'avait plus affaire aux sauts d'humeur de la jeune fille, ni aux râles massacrants d'Oberon, son tuteur, reparti chez lui dans les Pics du Crépuscule, ni non plus aux moqueries infantiles de Merle.

-Au revoir. Jamais je ne vous oublierai et, Oberon, je tiendrai promesse. Je ne tuerai point pour le simple plaisir.

L'anneau, remis par le vieux sage obsidien en guise d'adieu, scintillait aux reflets du soleil.

-Je garde au fond du coeur mes souvenirs et à mon doigt, la marque de ton enseignement, maître Oberon. Aventures et mésaventures : je sais ce qui m'attend, ou je crois le deviner ? Tu vois, maître, j'ai retenu la leçon. Merle : j'aimerais tellement que tu partages ceci avec moi... Mais tu es à Ustrect et moi, je suis loin. Je te retrouverai un jour, au détour d'un chemin, l'arme à la main, la fierté dans les yeux, les signes de la maturité marquant ton doux visage. Je saurai alors n'avoir jamais perdu mon ami d'enfance.

            Une larme roula sur sa joue rosie par le chagrin.

-Mes dernières pensées seront pour toi, mère. Puissent les Passions veiller sur toi ! Je te promets qu'un jour, je ramènerai celui dont je ne connais que le nom : Brand Main Agile. Mère, attends-moi, je t'en conjure?

            Dhara tourna les talons et se mit en route, chargée comme une mule de paysans, trop vieux pour supporter le fardeau d'un tel paquetage. Cheveux au vent, larmes au bord des yeux, l'esprit trouble mais enfin libéré, elle se dirigea là où son instinct la guidait...


*               *
*

23 Riag 1506 TH : Les villages de Barsaive se ressemblent tous dans leur agencement. Il faut plonger une dague en leur coeur et en extirper les tripes pour constater l'originalité de chacun de ces lieux-dits.

Citation de Brand Main Agile, quelques heures après sa disparition.

 

-Voyons ! Cessez de vous moquez ainsi ! Cette discipline est des plus rudes et épouser ses tares, c'est comme embrasser le cul d'un thundra : c?est répugnant mais ça force l'admiration. Allez ! Ecartez vos sales pattes de cette jeune fille.

            -Tu ne crois tout de même pas qu'elle se sortira de cette situation tout simplement parce que tu l'as demandé, aubergiste.

Les rires gras bourdonnèrent autour de la fille, prostrée sous une table, des rires moqueurs. Elle cumulait les problèmes.

Trois jours de voyages et elle avait déjà affronté un serpent venimeux, un demi-spectre et, à présent, une meute de donneurs-de-noms mal embouchés, avides de sensations nouvelles auprès de la jeunesse du moment.

Dhara chercha du regard un soutien familier qu'elle ne trouva que trop tardivement. Au seuil de la porte gisait le corps d'un humain, celui-là même qui l'avait secourue face au spectre. Allongé dans son sang, son assistance avait été de courte durée. Son visage était couvert d'ecchymoses, ses lèvres tuméfiées. On aurait dit un pantin désarticulé. Repoussant à souhait, il aurait fait pâlir un elfe de sang. Mais là n'était pas l'important. Les multiples coups au visage, à l'estomac et aux côtes avaient eu raison de sa frêle carcasse. Il ne donnait plus aucun signe de vie.

-Je vous dis de reculer ! s?empourpra le tenancier.

            Il sortit de sous son comptoir une hachette aux tranchants émoussés par les années. Du cruor séché en garnissait encore le fil.

-Si vous me forcer à utiliser Myriette, je ne pourrais m'empêcher de penser à vos sales viscères de brigands salissants mon beau parquet tout neuf. Cela me mettrait d'autant plus en colère que Myriette hacherait sans relâche. Y-a-t-il des volontaires pour nettoyer et balayer les membres de vos amis ?

Dans un vrombissement insoutenable, l'aubergiste au visage rubicond faisait tourner sa hache. Les moins courageux reculèrent de suite, les habitués firent de même. Seuls les plus têtus provoquaient de leur présence l'impétueux tavernier. Et, la hache s'arrêta de tournoyer lorsqu'elle rencontra le crâne de l'un des valeureux aventuriers. Le sang gicla, éclaboussant tout le monde situé à moins de trois pas du demi-écervelé. Un scribe choisit cet instant pour franchir la porte de l'établissement. Son paquetage fut arrosé d'une gerbe écarlate. Ajoutés à cela les morceaux de cervelets collés à Myriette et à son chemisier de velours, il vomit aussi sec. Son  regard se posa sur la tête roulant au sol et il dégobilla de nouveau avant de sombrer dans l'inconscience.

            Dessous la table, Dhara eut un haut-le-ceuur. Jamais elle n'avait vu tant de sang. L'aubergiste, bourru et furieux de voir son parquet souillé, lui tendit une main poisseuse. Elle hésita longuement avant de finalement prendre cette main amicale.

             -Je... Je suis désolée?

            -Désolée ? De quoi ? Ce n'est pas vous qui allez nettoyer cela, ne vous inquiétez pas ! Par contre, il y en a un ou deux qui vont devoir frotter, dit-il en haussant le ton et en fusillant du regard les deux irréductibles qui avaient osé affronter le maître des lieux. Comment t'appelles-tu, fillette ?

            -Dhara.

         -Eh bien, Dhara, je pense que tu ferais mieux de te soucier de ton ami. Je t'apporte une bassine et de l'eau chaude : il en aura besoin. Et vous, bande d'abrutis, vous ne croyez tout de même pas que je vais vous donner un coup de main pour sortir ce cadavre de mon établissement et pour frotter le parquet !

            Dhara soigna le jeune humain fiévreux tout en marmonnant un tas d'excuses. Elle se sentait coupable d'avoir déclenché cette émeute. Peut-être n'aurait-elle jamais dû avouer qu'elle recherchait du travail, surtout dans son domaine. La discipline de Chasseur de Primes demeurait la propriété du sexe fort et peu d'entre eux savait s'adapter. Elle avait attisé la braise dans le coeur alcoolisé des mâles de l'auberge. Sans l'intervention de l'humain tout d'abord - corps en opposition, coups multiples aux côtes, lèvres fendue - puis de l'aubergiste, Dhara aurait connu une douloureuse expérience. La nuit apporta conseil : plus de discrétion à l'avenir !


*               *

*


            24 Riag 1506 TH : Psoque ! Non, ce n'est pas le bruit de l'eau dans ton verre mais celui d'un insecte si petit qu'il en est insignifiant pour tous les donneurs-de-noms. Mais voilà, mon frère est mort de ses ailes insignifiantes : il s'est étouffé en avalant l'un d'eux !

Citation de Brand Main Agile, lorsqu'il fut amené à parler sous la contrainte.

 

            La nuit avait été agitée car l'humain n'avait toujours pas reprit connaissance. Il était vivant et cela semblait déjà irréel. Toutefois, au petit matin, il était revenu à lui, non sans mal, une énorme bosse bleutée sur le haut de son crâne chauve, un coquard à l'oeil gauche, un poignet probablement affligé d'une entorse, une lèvre fendue sur le long ; mais, il était vivant. Quant à Dhara, elle avait perdu tout espoir. Pourquoi errer ainsi, sans but précis ? Compter sur une intervention des Passions ?

Une miche de pain à la bouche, elle ne pouvait manger tranquillement sans être dérangée, pas physiquement mais visuellement. Un troll passa sur ses lèvres une langue râpeuse dégoûtante et baveuse. Puis, le malheureux scribe de la veille entra. Il jeta un regard inquiet aux taches rougeâtres sur le parquet. Conscient de ce qu'il risquait en déclenchant la colère du tenancier, il prit toutes les précautions et choisit avec attention ces mots.

            -On me certifie la présence en cette noble auberge de Chasseurs de Primes ! Voici la tête mise à prix : Cain, un marchand nain que vous devrez retrouver, lui et sa marchandise. Vous travaillerez pour l'honorable t'skrang Ilkis.

            Un nain se leva de sa chaise et faillit tomber ou plutôt rouler à terre. Un ork le soutint aussi  promptement que pouvait le faire une personne âgée. Le nain émit un grognement de désaccord.

            -Cain, dis-tu le scribe.

            -Jules ! répondit le scribe en une courbette.

            -Bon, il faudrait savoir : c’est Jules ou Cain ?

            -Non, le nain ! Cain est le nain que vous…

            -… Ah non ! Moi, c’est Bofur ! Et pas, Cain ! rétorqua Bofur d’une voix tonnante.

            -Oui… Non ! Mais, en fait, Cain est le donneur-de-noms que vous chassez…

            -Hein, hein !

            -… et Jules, c’est moi !

           -Très bien… Il fallait le préciser auparavant ! Je m’en vais chercher ce Jules et vous ramènerai sa tête ! Parole de Bofur. Et, l’ork qui parle pas beaucoup viendra aussi… Enfin chacun de son côté, mais il participera à la battue.

            -Pas Jules, Bofur ! Mais Cain, par les Passions ! Cain EST LA CIBLE !

            Dhara eut un sourire mauvais, accusateur, pourfendeur. Fort… feu intelligence ! se moqua-t-elle en son for intérieur.

          -Dhara ! C’est une bonne opportunité ! Tu me répètes depuis notre rencontre que tu es une excellente chasseuse de primes, que tu pistes comme personne. Voilà la chance de le prouver.

            -Tu le penses vraiment, Esteban ? Je ne sais…

            -Tu joues ta mijaurée ! Je ne sais ce qui te pousse à aller et venir en Barsaive ainsi, mais il serait temps d’aller de l’avant. Jules a parlé d’une forte récompense ; il suffit de retrouver un nain que l’on sait fuir Vivane. Qu’en déduis-tu ?

Dhara tira une petite carte de son paquetage déjà moins conséquent qu’il y avait trois jours. Il fallait avouer que dans sa course pour échapper au demi-spectre, elle avait perdu plusieurs balluchons mais avait récupéré l’essentiel : la bague, des armes et ses souvenirs…

-Il va bifurquer, aller dans le nord ; on peut donc tenter de lui couper chemin en prenant en direction des Monts Delaris ! Et, il sera aisé de trouver une caravane de marchands avec un nain trapu à la barbe tressée possédant un anneau à chaque oreille, un chapeau plombé d’une plume noire et blanche, habillé richement de surcroît et aimant par-dessus tout les gris-gris et autres colifichets ;

-Eh bien voilà ! On y est… Alors, en route ! Je vais beaucoup mieux maintenant que je sais où l’on va, répondit fièrement Esteban. Ne nous attardons pas : ce Bofur est déjà parti, et, même s’il ne déborde pas d’intelligence, il se peut qu’il soit une lumière dans sa discipline ! Et puis, n’oublions pas l’ork, Gralk me semble-t-il ! Si nous voulons être les premiers sur Cain et sa marchandise, il va nous falloir sortir les doigts du c…

            Esteban s’interrompit, sourit niaisement, réajusta son col pourtant bien en place, et se leva en s’étirant. Et, bien qu’il ne fasse pas chaud en cette matinée, Dhara perçut la sueur sur son front : chaleur ou honte ? Elle avait parfaitement sondé l’esprit de son compagnon...



La suite dans : Dhara... Oublier les tracas quotidiens
 

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